Critique film
Publié le 06/10/2026 à 10:27 par Grégory

Mārama

Affiche
8 /10
Dans les landes désolées du Yorkshire du Nord en 1859 à l'époque de l'Angleterre Victorienne, Mary Stevens, une femme māorie en quête de vérité sur ses origines, rejoint le manoir Hawkser. Entre les couloirs lugubres, apparaissent alors d'ancestrales visions qui révèlent peu à peu un mystère terrifiant.
Les vieilles demeures victoriennes, les landes désertes et les secrets de famille forment un terrain idéal pour une histoire horrifique. "Mārama" de Taratoa Stappard reprend ces ingrédients classiques du gothique pour leur donner une dimension beaucoup plus personnelle. En 1859, Mary Stevens, une jeune femme māorie venue de Nouvelle-Zélande, arrive dans le Yorkshire à la recherche de ses origines. Son arrivée au mystérieux manoir Hawkser va rapidement faire ressurgir des visions et un passé familial particulièrement sombre.

Le film se distingue d'abord par son atmosphère. Plutôt que de multiplier les apparitions et les effets faciles, Taratoa Stappard installe progressivement un sentiment de malaise. Les couloirs du manoir, les pièces silencieuses et les paysages froids donnent l'impression que quelque chose observe constamment Mary. Cette ambiance pesante permet au réalisateur de construire une horreur davantage basée sur la suggestion, les souvenirs et les visions que sur les traditionnels sursauts.

Ariāna Osborne porte largement le film sur ses épaules. Son interprétation donne à Mary une fragilité qui évolue peu à peu vers une véritable force intérieure. Le personnage n'est pas seulement confronté aux secrets du manoir : il doit également comprendre une histoire familiale qui lui a été cachée. Toby Stephens apporte quant à lui une présence inquiétante dans le rôle de Nathaniel Cole, un aristocrate dont la fascination pour la culture māorie dissimule des intentions beaucoup plus troubles.

Visuellement, "Mārama" possède une vraie élégance. La photographie exploite parfaitement les décors victoriens et les paysages isolés, tandis que les couleurs et les éclairages renforcent cette impression de conte gothique sombre. Certaines visions sont particulièrement marquantes et donnent au film une identité visuelle bien plus affirmée que celle d'un simple film d'épouvante. La musique et les éléments liés aux traditions māories participent également à cette atmosphère étrange et presque hypnotique.

Le rythme pourra cependant diviser. "Mārama" prend son temps pour installer son histoire et privilégie l'ambiance à l'action. Quelques répétitions dans les visions et certaines révélations qui tardent à arriver peuvent donner l'impression que le récit tourne parfois en rond. Le film devient nettement plus intense dans sa dernière partie, lorsqu'il laisse davantage de place à la violence et à la confrontation avec les secrets du passé.

Au final, "Mārama" est une proposition horrifique intéressante qui utilise le cadre du gothique victorien pour raconter autre chose qu'une simple histoire de maison hantée. Taratoa Stappard mêle vengeance, héritage familial, spiritualité māorie et passé colonial dans un film à l'identité visuelle forte. Tout n'est pas parfaitement maîtrisé, notamment dans son rythme, mais l'ensemble possède suffisamment de personnalité pour retenir l'attention. Une œuvre sombre et singulière, portée par une Ariāna Osborne convaincante et une atmosphère particulièrement réussie.
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