Critique film
Publié le 04/12/2018 à 11h48 par Kévin Aubin
Capharnaüm
10 /10

À l'intérieur d'un tribunal, Zain, un garçon de 12 ans, est présenté devant le juge. À la question : " Pourquoi attaquez-vous vos parents en justice ? ", Zain lui répond : " Pour m'avoir donné la vie ! ". Capharnaüm retrace l'incroyable parcours de cet enfant en quête d'identité et qui se rebelle contre la vie qu'on cherche à lui imposer.

Nadine Labaki suit des études audiovisuelles et réalise à seulement 23 ans son premier court-métrage qui remporte le Prix du meilleur court-métrage à la Biennale du cinéma arabe. Elle commence alors comme productrice de publicités, puis comme réalisatrice de clips avec lesquels elle gagne à nouveau des prix. En 2007, elle signe son premier long, Caramel, présenté à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes 2007. Il s'agit de l'un des films libanais les plus connus et appréciés au niveau international. L'année suivante, elle est faite chevalier des arts et lettres, et poursuit avec d'autres réalisations. En parallèle, elle joue également dans quelques films.

En 2018, elle revient le drame Capharnaüm qui a obtenu le prix du jury à Cannes. D’emblée nous pouvons dire que le film n'a pas démérité son prix et que le résultat est là. La réalisatrice signe une oeuvre coup de poing comme on en voir rarement au cinéma. Au plus près du réel, de par ce qu'elle a vu et vécu au cours de ses recherches sur le terrain, le film déroule une histoire captivante de bout en bout et surtout impactante qui prend aux tripes un spectateur qui reste bouche bée. Impossible pour le spectateur de rester indifférent devant une réalité aussi déchirante mais qui malheureusement existe encore aujourd'hui dans certains pays. Une réalité appuyée par une variété de thèmes soulevées par la réalisatrice : les immigrés clandestins, l’enfance maltraitée, les travailleurs sans papier, le racisme, la peur de l’autre... Des thèmes forts qui parlent à tous et qui permettent d'éveiller les consciences tout en délivrant de vrais messages notamment sur la tolérance et le vivre-ensemble. La vie telle qu'elle est vécue dans certains endroits du globe prend ici tout son sens et nous montre que nous sommes des privilégiés. Avec son rythme un peu lancinant, son aspect documentaire, des situations intimes évocatrices et d'autres plus légères, ce film est immanquable voire essentiel.

Nadine Labaki est comme toujours très investie et signe une superbe réalisation. La mise en scène au plus proche de ses acteurs est saisissante, les décors libanais sont évocateurs et en disent long, la photographie avec ses lumières naturelles montre une réalité criante de vérité et la bande-son est très belle.

Tous les acteurs de Capharnaüm sont des gens dont la vie réelle ressemble à celle du film. Un casting sauvage qui permet au film d'être sincère et le plus vrai possible. Le jeune garçon Zain Alrafeea sort indéniablement du lot puisque c'est lui qui porte le film tout de son long. Il joue sans jouer un rôle qu'il vit chaque jour et le résultat est sidérant face caméra.

Pour sa nouvelle réalisation, Nadine Labaki signe une oeuvre cinématographique qui montre les choses telles qu'elles sont au Liban. Un regard sur le pays vérace qui ne laisse pas indifférent. Le casting composé uniquement d'habitants libanais est la grande force du film, Zain Alrafeea en tête. Un film à ne pas manquer tout simplement.

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