Critique film
Publié le 05/01/2018 à 12h44 par Kévin Aubin
Dunkerque
10 /10

Au début de la Seconde Guerre mondiale, en mai 1940, environ 400 000 soldats britanniques, canadiens, français et belges se retrouvent encerclés par les troupes allemandes dans la poche de Dunkerque. L'Opération Dynamo est mise en place pour évacuer le Corps expéditionnaire britannique (CEB) vers l'Angleterre. L'histoire s'intéresse aux destins croisés des soldats, pilotes, marins et civils anglais durant l'Opération Dynamo. Alors que le CEB est évacué par le port et les plages de Dunkerque, trois soldats britanniques, avec un peu d'ingéniosité et de chance, arrivent à embarquer sous les bombardements. Un périple bien plus grand les attend : la traversée du détroit du Pas de Calais.

Christopher Nolan a commencé dès son plus jeune âge à réaliser des films avec la caméra 8mm de son père, et ce malgré son daltonisme. En 1998, il réalise son premier long-métrage à petit budget et en noir et blanc, Following. Remarqué dans différents festivals, il permet à Christopher Nolan de réaliser, deux ans plus tard, Memento. Nolan est alors courtisé par les grands studios américains, et en 2002, il signe son troisième film, Insomnia. Désormais considéré comme rentable par Hollywood et doué d'un sens artistique original, des projets de plus grande ampleur peuvent ainsi voir le jour. On lui doit notamment la trilogie The Dark Knight, Inception et Interstellar. Des films au succès retentissant tant critique que public qui font du réalisateur une personnalité incontournable du cinéma d'aujourd'hui.

En 2017, Nolan s'attaque pour la première fois au film de guerre avec Dunkerque, le récit de la fameuse évacuation des troupes alliées de Dunkerque en mai 1940. Dixième long-métrage du réalisateur, il marque assurément un tournant dans sa carrière et fera date dans l'histoire du cinéma. Avec tout le talent qu'on lui connaît, Christopher Nolan donne sa vision de la guerre, loin des films du même genre qui mettent en avant le patriotisme, le sang et les effets pyrotechniques grandiloquents. Ici point de tout cela, la guerre y est filmée dans son plus simple appareil avec des hommes, très jeunes pour la plupart, qui se retrouvent bien malgré eux confrontés à un tournant dans leur vie, partir faire la guerre. Une guerre à laquelle ils n'étaient pas préparés sauf pour le corps militaire. Nolan filme donc le périple de ces soldats entre terre, mer et air, de façon humaine et sans esbroufe. Le spectateur est pris à parti pendant près d'1h40 dans l'évacuation périlleuse des troupes alliées de Dunkerque en mai 1940. Le spectateur est un soldat à part entière qui vit intensément cette guerre. Cette guerre dont l'issue est connue mais qui résonne encore en nous, comme pour nous rappeler notre devoir de mémoire. Avec ce film, Nolan frappe très fort et nous immerge dès les premières minutes avec le jeune Tommy au prise avec les soldats allemands. Ce personnage sert de fil rouge tout le long du film, et avec lui, on vit le temps d'un instant une course contre la montre au rythme qui ne faiblit jamais. On est happé par la tension continue et l'atmosphère anxiogène qui se dégage du métrage. La musique étant là pour rythmer au millimètre les scènes qui alternent entre des moments intimistes et des moments de grand spectacle à hauteur d'homme. La musique est comme personnifiée avec ses sons ininterrompus de tic tac à vous faire froid dans le dos. L'ambiance générale du film demeure stressante voire oppressante, et après avoir retenu votre respiration, ce n'est qu'à la fin du film que vous pouvez souffler. Pour en revenir à l'histoire, sa trame narrative ne tient que sur une ligne mais Nolan arrive à l'étirer de façon à captiver son auditoire. Résultat, tout est mûrement réfléchi et rien est laissé au hasard. Peu d'effets spéciaux ou numériques sont utilisés pour rendre un rendu réaliste comme si on y était. Le fait de rythmer le film sur trois niveaux différents (terre, eau et air) renforce la vision qu'a le spectateur sur cet événement tragique et surtout sur le périple vécu par ces hommes devenus soldats. Ainsi, les scènes sont immersives et riche en émotions fortes.

Du vrai cinéma où le mot art prend ici tout son sens, et que Nolan magnifie par sa caméra. La mise en scène est classieuse et grandiose tout en étant à hauteur d'homme, les décors impressionnent par leur réalisme, la photographie aux couleurs très froides et pâles est en parfait accord avec l'univers du film et la bande-son signée Hans Zimmer est dantesque. Une réalisation qui fait honneur au cinéma comme on l'entend, et qui prouve une fois de plus que Nolan est un maître en tant que réalisateur. Toujours droit et convaincu de la qualité de son travail, il offre un très beau moment de cinéma.

Le casting est riche de bon nombre de figurants et d'acteurs plus ou moins connus du grand public. En tête, Fionn Whitehead est la révélation incontestable du film. Avec sa jeunesse et son innocence, il compose un soldat fébrile mais prêt à tout pour survivre et aider les autres. Un jeu d'acteur naturel qui convient très bien. Quelques grands acteurs sont présents comme Tom Hardy, Mark Rylance, Kenneth Branagh ou encore Cillian Murphy, et tous sont excellents. Ils imposent leur jeu d'acteur et sans prendre la grosse tête, ils complètent admirablement le casting. Mention spéciale à Harry Styles qui n'est pas là pour décorer mais qui compose un vrai personnage, celui d'Alex, et qui étonne pas sa facilité de jeu. C'est bien simple, tous les acteurs, même les figurants, sont sur le même piédestal et c'est ce qui fait aussi toute la force du métrage.

Pour sa nouvelle réalisation, Christopher Nolan signe un véritable chef d'œuvre. Un film abouti, d'une grande justesse, humain et servi par un casting royal. Du cinéma comme on en fait plus ou que trop rarement que l'on aimerait voir davantage. Il resterait encore tellement de choses à dire sur ce film incroyable mais le mieux est encore de le découvrir par soi-même afin de vivre une expérience cinématographique incomparable.

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