Critique film
Publié le 24/08/2018 à 11h14 par Kévin Aubin
Ghostland
9,5 /10

Suite au décès de sa tante, Pauline et ses deux filles héritent d’une maison. Mais dès la première nuit, des meurtriers pénètrent dans la demeure et Pauline doit se battre pour sauver ses filles. Un drame qui va traumatiser toute la famille mais surtout affecter différemment chacune des jeunes filles dont les personnalités vont diverger davantage à la suite de cette nuit cauchemardesque. Tandis que Beth devient une auteur renommée spécialisée dans la littérature horrifique, Vera s’enlise dans une paranoïa destructrice. Seize ans plus tard, la famille est à nouveau réunie dans la maison que Vera et Pauline n’ont jamais quittée. Des évènements étranges vont alors commencer à se produire…

Pascal Laugier est repéré par le réalisateur Christophe Gans grâce à ses premiers courts-métrages et ce dernier lui confie la réalisation du making-of de son film "Le Pacte des loups". Fort de cette expérience, Pascal Laugier réalise en 2004 son premier long-métrage, "Saint Ange". Malgré son relatif échec commercial, le film est discrètement salué par la critique. En 2008, il crée la polémique avec "Martyrs", ses images choquantes et son propos très noir le classent d'emblée parmi les œuvres à part dans le paysage cinématographique français. Il signe un renouveau du cinéma de genre mais mal perçu en France, Pascal Laugier s'expatrie en Amérique. Ainsi, en 2012, il signe un nouveau film d'épouvante qui affiche un casting exclusivement américain avec "The Secret".

En 2018, il revient avec "Ghostland", film d'épouvante-horreur que le réalisateur affectionne tant. Une nouvelle fois Pascal Laugier prouve son amour pour le cinéma de genre et signe un film choc. En insinuant l'épouvante-horreur dans son dernier film, le réalisateur vient bien au-delà de ce genre éculé pour s'ouvrir sur un thriller psychologique et un drame familial. L'intelligence du film est de s'affranchir des codes du genre pour amener le spectateur à une réflexion sur la vie, entre rêve et réalité. Peut-on s'échapper du réel ? C'est la question à laquelle le film répond tout de son long. Et bien évidemment Pascal Laugier s'amuse à décontenancer le spectateur, à le mettre mal à l'aise et à jouer avec ses peurs primales. A la fois malsain, malin, dur, choquant, le film ne laisse pas indemne mais en parallèle l'onirisme, la poésie, l'émotion et les relations humaines viennent contrebalancer l'ensemble. En jouant habilement sur la psychologie de ses personnages et celle du spectateur, le réalisateur trouve l'équilibre parfait pour que l'expérience cinématographique vécue soit la plus intense possible. Pour parfaire l'ensemble du film, il use de rebondissements rondement menés où chaque situation retourne le spectateur et le marque durablement. L'épouvante-horreur est bien présente avec ses jump-scares efficaces et son lot de quelques scènes sanglantes et une tension palpable qui va crescendo. Mais rien n'est gratuit et chaque détail compte, c'est là que l'on voit tout le travail minutieux fournit par le réalisateur.

Derrière sa caméra, Pascal Laugier filme son histoire avec maestria. La mise en scène est ingénieuse et bénéficie aux acteurs, les décors sont très travaillés et apportent cette sensation d'oppression constante, la photographie est très sombre avec des couleurs froides qui rappelle l'atmosphère anxiogène du récit et la bande-son est très prenante et vient appuyer l'ambiance malsaine du film. Une réalisation qui fait honneur à ce genre de film.

Au casting on retrouve quatre actrices peu connues du grand public. Chacune d'entre elles est exceptionnelle et mène le film tout du long avec brio. Elles sont très impliqués dans leur rôle respectif et n'ont rien à envier à certaines actrices plus expérimentées. La surprise est bien évidemment Mylène Farmer dans son second rôle au cinéma. Même si elle n'a pas le premier rôle, elle arrive à faire qu'on la remarque et joue simplement et efficacement. Les quelques autres rôles secondaires ne sont pas en reste et à leur façon apportent leur pierre à l'édifice.

Pour sa nouvelle réalisation, Pascal Laugier remet sur le devant de la scène un cinéma de genre malheureusement trop rare encore aujourd'hui. Il signe un film intelligent qui va bien au-delà du simple film d'épouvante-horreur. Une très belle réussite portée par des actrices formidables.

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