Critique film
Publié le 04/12/2018 à 11h47 par Kévin Aubin
Girl
9,5 /10

Lara, 15 ans, rêve de devenir danseuse étoile. Avec le soutien de son père, elle se lance à corps perdu dans cette quête d’absolu. Mais ce corps ne se plie pas si facilement à la discipline que lui impose Lara, car celle-ci est née garçon

Lukas Dhont est un réalisateur et scénariste belge. Il commence par réaliser quelques courts-métrages qui remportent plusieurs prix dont ceux du Gand Film Festival et du Louvain International Short Film Festival. L'un d'eux a même été qualifié pour les Oscars en 2015.

En 2018, il signe son premier long avec le drame Girl inspiré d'une histoire vraie. Récompensée par la Caméra d'Or au dernier Festival de Cannes, cette nouvelle pépite venue de Belgique est une oeuvre remarquable. Le réalisateur explore la transidentité ou plus communément appelée transgenre avec intelligence sans tomber dans la facilité voire dans le pathos. L'interrogation sur le sexe et le genre étant au c½ur du récit tout en ayant en toile de fond la danse classique. D'ailleurs, le parallèle entre le transgenre qui demande courage et patience et celui de la danse qui aussi est une rude discipline est intéressant. Au travers d'un jeune garçon, aspirant à devenir danseur classique, qui souhaite changer d'identité, le spectateur apprend et découvre le changement. Un changement d'identité évolutif qui peut déranger pour certains autant qu'il éveille les consciences pour d'autres. Un cheminement intensément humain et émouvant qui prend aux tripes pour ne plus lâcher le spectateur. Un très beau film qui impressionne par la justesse de sa distance avec les personnages entre pudeur et frontalité qui offre de très beaux moments de cinéma. Une oeuvre intimiste qui ouvre les yeux sur un sujet parfois tabou mais pourtant d'actualité qu'il est important de comprendre pour en saisir tous ses tenants et ses aboutissants. Les dialogues sont bien écrits, le rythme du film est assez lent mais de mise et il se dégage une sincérité évidente qu'on ne peut qu'être admiratif.

Lukas Dhont derrière la caméra a une habileté impressionnante de haut de ses 27 ans. La mise en scène est sublime, les décors sont de bonne facture, la photographie avec ses couleurs pâles et ses tonalités froides est d'une beauté sidérante et la bande-son laisse place la plupart du temps au sons du quotidien suffisamment évocateurs. Une réalisation excellente.

Victor Polster, issu d'une formation de danseur, fait ses premiers pas devant la caméra et le moins que l'on puisse dire est qu'il crève l'écran. Avec une justesse de jeu déconcertante et un naturel confondant il mène le film tout de son long parfaitement. Il n'a pas démérité son Prix d'interprétation à la section d'Un Certain Regard. Les autres acteurs belges ne sont pas en reste notamment Arieh Worthalter dans le rôle d'un père aimant et compréhensif juste excellent.

Pour sa première réalisation, Lukas Dhont signe une très belle oeuvre cinématographique qui traite d'un sujet fort et actuel. Un film qui sonne juste servi par un acteur novice remarquable. A ne pas manquer.

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