Critique film
Publié le 13/08/2018 à 13h26 par Kévin Aubin
In The Fade
8 /10

La vie de Katja s’effondre lorsque son mari et son fils meurent dans un attentat à la bombe. Après le deuil et l’injustice, viendra le temps de la vengeance.

Fatih Akin dans le cinéma en tant qu'acteur tout en cherchant à passer derrière la caméra. En 1995, une maison de production lui offre sa chance et commencent par la réalisation de courts-métrages. En 1998, il réalise son premier long où il s'inspire du style de Martin Scorsese et pour lequel il est récompensé. Mais c'est avec le drame Head-on qu'il acquiert la reconnaissance internationale. Le réalisateur a pour thématiques le déracinement, la famille, les relations amoureuses conflictuelles... Après plusieurs films allemands, il fait sa première incursion dans le cinéma américain en réalisant un segment du film New York, I Love You. Puis en 2014, il réalise The Cut, drame franco-allemand mettant en scène Tahar Rahim.

En 2018, il revient avec In the Fade, qui s'inspire des meurtres commis en Allemagne contre des personnes d’origine turque, par des membres du groupuscule néo-nazi NSU (littéralement Clandestinité Nationale-Socialiste). En traitant à l'écran un tel sujet, le réalisateur signe un drame passionnant aux allures de thriller haletant. Il immisce le spectateur dans les différentes étapes de la vie d'une femme qui a tout perdu. L'après attentat, du procès à la quête du vengeance, le tout à travers le regard de Katja. Le récit prend vie au rythme du désespoir telle une plongée dans la tête de notre héroïne, qui souffre autant psychologiquement que physiquement. On suit donc avec intérêt le déroulement narratif de son histoire qui d'emblée sonne juste. Une histoire décomposée en trois parties qui permet au spectateur d'être pleinement immergé et de vivre intensément cette histoire. Il est vrai que le scénario est un peu convenu voire prévisible et que certaines thématiques ne sont qu'esquisser et pas toujours traitées avec subtilité mais dans l'ensemble ces quelques faiblesses sont palliées par la présence hors norme de son actrice principale. On s'attache très facilement à son personnage traversé par des émotions qui font écho en chacun de nous. On ne peut rester indifférent face à une telle tragédie qui rappelle bien évidemment tous les durs moments que vie notre monde aujourd'hui. Et on sent de la part du réalisateur une volonté accrue de montrer l'injustice dans simplement tout en étant extrêmement bien documentée. Rien n'est laissé au hasard et c'est ce souci du détail qui fait toute la différence.

Cela se ressent dans la réalisation de Fatih Akin. La mise en scène est sobre et efficace, les décors restent assez épurés et montrent la réalité dans son plus simple appareil, la photographie joue sur les contrastes en étant à la fois très éclairée et très sombre et s'adapte à chaque situation et la bande-son profile des morceaux dépouillés dans une atmosphère contemplative et obsédante en phase avec l'état d'esprit du personnage principal.

Personnage principal incarné par une Diane Kruger au sommet de son art. Prix d'interprétation féminine au dernier Festival de Cannes, amplement mérité, l'actrice mène le film tout de son long en s'y investissant corps et âme. Elle est sur tous les plans et signe assurément ce qui doit être son meilleur rôle à ce jour. Les autres acteurs ne sont pas en reste et participent à leur façon à la réussite du film en étant très convaincants.

Pour sa nouvelle réalisation, Fatih Akin signe un drame passionnant, haletant, dur et percutant. Si le film n'évite pas quelques maladresses, l'intensité de jeu remarquable de Diane Kruger suffit à rehausser l'ensemble et vaut à elle seule le déplacement.

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