Critique film
Publié le 02/10/2019 à 18h19 par Floriane
La Favorite
8 /10

Début du XVIIIème siècle. L’Angleterre et la France sont en guerre. Toutefois, à la cour, la mode est aux courses de canards et à la dégustation d’ananas. La reine Anne, à la santé fragile et au caractère instable, occupe le trône tandis que son amie Lady Sarah gouverne le pays à sa place. Lorsqu’une nouvelle servante, Abigail Hill, arrive à la cour, Lady Sarah la prend sous son aile, pensant qu’elle pourrait être une alliée. Abigail va y voir l’opportunité de renouer avec ses racines aristocratiques. Alors que les enjeux politiques de la guerre absorbent Sarah, Abigail quant à elle parvient à gagner la confiance de la reine et devient sa nouvelle confidente. Cette amitié naissante donne à la jeune femme l’occasion de satisfaire ses ambitions, et elle ne laissera ni homme, ni femme, ni politique, ni même un lapin se mettre en travers de son chemin.

Après son glacial "Mise à Mort du Cerf Sacré" (Prix du scénario, Cannes 2017), Yorgos Lanthimos revient avec "La Favorite". Film en costumes s'inspirant de la rivalité entre Abigail Masham et la Duchesse de Marlborough sous le règne d'Anne, Reine de Grande-Bretagne, "La Favorite" cache derrière son apparence légère une noirceur et un cynisme propre au réalisateur grec.

Avec sa scène d'introduction où la Reine Anne (Olivia Colman) et sa favorite Sarah (Rachel Weisz) échangent sur l'amour et ses limites à l'aide de dialogues acerbes et d'un montage serré, Lanthimos pose le ton de son film et nous invite sans plus attendre dans son crique burlesque et tragique.

Découpé en six parties, le film installe ses personnages et enjeux avec une précision qui pourrait laisser de marbre s'ils n'étaient pas accompagnés du style Lanthimos. Comme pour ses précédents films ("Alps", "The Lobster"), le cinéaste invite le burlesque à s'immiscer dans cette course au pouvoir féminin. Entre les répliques grinçantes et anachroniques, ainsi qu'un sous-texte de certaines politiques actuelles, "La Favorite" respire la satire, mais pas que. Entre une intrigue à la "All About Eve" (chef d'½uvre de Joseph L. Mankiewicz), le portrait touchant d'une Reine, une lutte de pouvoir, mais aussi un triangle amoureux et politique, "La Favorite" est un coup de maître par sa capacité à imbriquer ces sous-genres et intrigues.

Toutes ces manipulations et jeux de pouvoir prennent place dans une cour d'Angleterre qui se rapproche plus d'un spectacle burlesque qu'à un vrai gouvernement. Lanthimos accentue ce côté spectacle avec sa mise en scène inventive qui explose le genre du film d'époque corseté. Son obsession de l'objectif grand angle, déjà présente dans son précédent film ("Mise à mort du cerf sacré"), est ici utilisée à merveille. Entre l'oppression de ces personnages prisonniers de codes qui les dépassent et la grandeur des décors, son utilisation n'est jamais gratuite. Au contraire, il permet au film de trouver un style qui s'accorde parfaitement à l'aspect décadent de ce microcosme majestueux qui court à sa perte. Autre point intéressant de la mise en scène de Lanthimos : la lumière. Signée Robbie Ryan ("American Honey"), la lumière jongle entre teintes froides pour les séquences en extérieures et éclairage à la bougie ou à la cheminée pour les scènes plus intimes. Très travaillée, elle accompagne les personnages et leur cheminement dans l'intrigue.

Et pour donner vie à son cirque décadent, le réalisateur s'est entouré d'un casting prestigieux : Olivia Colman (Reine Anne), Rachel Weisz (Sarah), Emma Stone (Abigail), Nicolas Hoult (Harley),et Joe Alwyn (Masham). Emma Stone et Rachel Weisz livrent (sans surprise) d'excellentes performances. Ce duel de manipulatrices aux méthodes différentes est jubilatoire à voir, jusqu'à son dénouement plus complexe qu'il n'y parait. Mais c'est Olivia Colman qui capte le regard. En Reine de Grande-Bretagne tragique, l'actrice anglaise impressionne. Elle interprète avec brio ce personnage aux multiples facettes.

Le film serait presque un sans-faute s'il ne se perdait pas dans une dernière partie trop longue et répétitive. Comme pour "The Lobster", on dirait que Lanthimos a du mal à finir son film en étirant le récit sans raison. Heureusement, la séquence finale hypnotique rattrape le coup.

Avec "La Favorite" Yorgos Lanthimos signe un film d'époque irrévérencieux où son style se marie parfaitement à la décadence de ses personnages incarnés avec brio par son trio d'actrices : Olivia Colman, Emma Stone et Rachel Weisz.

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