Critique film
Publié le 05/02/2018 à 15h39 par Floriane
La Forme de l'eau
9,5 /10

Modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultrasecret, Elisa mène une existence morne et solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres…

Après avoir développé l'idée pendant des années et abandonné certains projets (dont "Pacific Rim 2"), Guillermo del Toro nous dévoile enfin sa "Forme de l'eau" (Shape of Water en VO). Depuis sa consécration à la Mostra de Venise (septembre 2017) le film est précédé d'un engouement sans précédent pour une ½uvre du réalisateur mexicain. Mais le film est-il à la hauteur de ces éloges ? La réponse est clairement oui !

"La Forme de l'eau" est un conte, mais pas un conte pour enfants où tout est aseptisé. Non, chez Del Toro le merveilleux se mélange à la réalité crasseuse. Sa princesse n'est pas passive. Elle a une sexualité qu'on ne juge pas. Elle tombe amoureuse d'une créature marine. Créature à la fois douce et sauvage. Et la violence n'est pas gommée, qu'elle soit morale (le racisme, l'homophobie) ou physique (le sadisme du personnage de Michael Shannon). Avec cette cruauté mêlée de douceur on a l'impression de vivre une VRAIE adaptation d'un conte de Grimm.

Mais le cinéaste ne se contente pas de faire une simple fable sur l'amour. Il transforme son film en une ode à la différence délicate et touchante. Comme à son habitude l'auteur se range du côté de ceux qu'il appelle les "monstres". Ces êtres différents que le modèle uniforme dicté par la société trouvent ici un récit où ils sont les héros. A l'image du personnage principal Elisa (formidable Sally Hawkins), une femme muette aussi sensible qu'obstinée. Son histoire avec cette créature mystérieuse emmène le film vers des envolés lyriques d'une beauté charnelle enivrante, comme la magnifique "scène de sexe" aquatique. Autour du couple Del Toro déploie une panoplie de personnages tout aussi intéressants. Le solitaire Giles (Richard Jenkins) mis à l'écart à cause de son homosexualité et dont la relation avec Elisa est l'autre c½ur du film. La meilleure amie Zelda (Octavia Spencer) apporte une touche d'humour au film, tout en faisant preuve de belles leçons de courage quand la situation l'exige. Le Dr. Robert Hoffstetler (Michael Stuhlbarg) brouille les pistes morales et les clichés habituels sur les soviétiques. Quant à Richard (Michael Shannon), il pourrait très vite sombrer dans la caricature du grand antagoniste, mais le réalisateur pousse sa caractérisation tellement loin (perversion sexuelle, complexe d'infériorité, TOC, etc.) qu'il en devient fascinant.

Adepte du maquillage et d'animatroniques pour donner vie à ses monstres (qui ne se souvient pas de celui du "Labyrinthe de Pan" ?), le metteur en scène à fait le choix une fois de plus de recourir le moins possible au numérique. En ressort une créature au design rugueux et réaliste qui rappelle fortement "L'étrange créature du lac noir", film culte de Jack Arnold datant de 1954.

Grand cinéphile, Guillermo del Toro puise dans son panthéon cinématographique en s'inspirant de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro, de Franck Capra ou encore de James Whale. Mais ses influences ne sont jamais pesantes. Il les utilise pour mieux les intégrer à son univers personnel. En ressort un long métrage foisonnant où le romantisme rencontre le thriller et le fantastique se fond dans la réalité pour mieux exorciser ses démons.

Mais si l'histoire est belle, son oeuvre l'est encore plus. Sans surprise le metteur en scène nous livre une réalisation astucieuse et d'une grande beauté. Avec sa lumière chaleureuse, ses décors travaillés, sa musique superbe signée Alexandre Desplat et ses mouvements de caméra fluides, il nous emmène dans son histoire intemporelle avec brio.

Guillermo del Toro nous emporte dans un conte beau et cruel. Une ode à la différence dans un écrin d'une douceur fantastique. Une déclaration d'amour aux monstres et au septième art. Bref, "La Forme de l'eau" est une merveille émouvante et d'une sincérité comme on en voit peu.

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