Critique film
Publié le 03/05/2018 à 16h22 par Grégory
Le Grand Jeu
8,5 /10

La prodigieuse histoire vraie d’une jeune femme surdouée devenue la reine d’un gigantesque empire du jeu clandestin à Hollywood ! En 2004, la jeune Molly Bloom débarque à Los Angeles. Simple assistante, elle épaule son patron qui réunit toutes les semaines des joueurs de poker autour de parties clandestines. Virée sans ménagement, elle décide de monter son propre cercle : la mise d’entrée sera de 250 000 $ ! Très vite, les stars hollywoodiennes, les millionnaires et les grands sportifs accourent. Le succès est immédiat et vertigineux. Acculée par les agents du FBI décidés à la faire tomber, menacée par la mafia russe décidée à faire main basse sur son activité, et harcelée par des célébrités inquiètes qu’elle ne les trahisse, Molly Bloom se retrouve prise entre tous les feux...

"Le Grand Jeu" raconte l'histoire vraie de Molly Bloom, une jeune et belle skieuse de classe olympique qui a monté le réseau de poker high-stakes le plus exclusif du monde pendant une décennie. Les adeptes de son cercle comprenaient entre autre la royauté hollywoodienne ou encore des stars du sport ou des grands de Wall Street.

Dans le grand jeu électrisant de Molly, Jessica Chastain n'élève presque jamais la voix. Elle parle avec un calme et une clarté qui vous attirent, transmettant l'intimité et l'autorité dans le même souffle. C'est une tactique astucieuse qui souligne le tempérament cool et prudent de son alter ego de la vie réelle, Molly Bloom, une bombe férocement intelligente qui à 26 ans se retrouve à gérer un empire du poker, un job qu'elle obtient en préservant les secrets et évitant le genre de coups de projecteurs que l'écrivain-réalisateur Aaron Sorkin a maintenant jeté sur l'actrice.

Le jeu mesuré de Chastain est peut aussi être dû au fait que ses dialogues sont assez courts (un excès de volume lui aurait certainement coûté en vitesse et en cohérence). Le film est une sorte de test d'endurance, avec 140 minutes de narration en voix off, des répliques éclairs et quelques commentaires de poker gratifiants. Mais au fur et à mesure, le film se transforme en explosion entêté et sans apologie, un biopic éblouissant de montée et de descente qui avance, recule et diverge, propulsé par de longues répliques rafales de première classe comme Aaron Sorkin sait si bien les écrire.

Le film est tiré des mémoires de Molly Bloom écrites en 2014, ainsi que d'autres anecdotes et faits qu'elle n'a pas inclus. Ce mélange en fait un grand récit de la quête de l'"American Dream", avec un flou identitaire et chronologique dans la narration qui peut agacer parfois le spectateur. Mais si l'histoire prend si bien, c'est surtout grâce à l'admiration limpide du réalisateur pour son héroïne, et de son véritable engagement à l'histoire de la belle.

Ce n'est pas une mince affaire pour Sorkin de choisir une femme comme personnage central. Dans sa longue et productive carrière de scénariste pour le cinéma et la télévision, depuis les bureaux remplis de testostérone de Sports Night jusqu'aux récits techno-prophètes vertigineux de The Social Network, Moneyball et Steve Jobs, jamais auparavant il n'avait donné à raconter un personnage féminin fort et charismatique. Mais il en a trouvé un superbe dans le personnage de Bloom et une formidable et irrésistible héroïne en Jessica Chastain. En faisant ce choix, il a mis en avant un destin exceptionnel en permettant au personnage de raconter sa propre histoire du début à la fin. Il faut dire que les femmes sont de plus en plus présentes dans le monde du poker, et certaines comme Vannessa Selbst ou Liv Boeree en sont de beaux exemples de réussite. Il était donc temps de les représenter.

Si une voix off trop présente peut être vraiment insupportable à la longue, Le Grand Jeu pourrait être l'exception qui prouve la règle. Le film n'a peut-être pas les riches fioritures visuelles qu'un David Fincher ou un Danny Boyle auraient pu apporter à la table (de poker), mais Sorkin via une réalisation affirmée, sait instinctivement comment mélanger les images, le dialogue et la musique pour optimiser la narration. Pour preuve, il suffit de penser à la séquence d'ouverture formidable où Molly raconte un flashback douloureux, datant de l'époque où elle était skieuse de classe mondiale et où un accident grave brise ses rêves de médailles olympiques.

Le film émerge comme une célébration de l'esprit de son héroïne. Mais il est aussi, en fin de compte, une défense de ses erreurs, mélange qu'il atteint grâce à une combinaison habile de subterfuges à la The Social Network, et de background sentimental à la Steve Jobs.

Un petit bémol cependant : la scène assez contestable du déballage fastidieux des problèmes du père de Molly (joué par un Kevin Costner qui se fait très rare) est un exemple du penchant de Sorkin pour la surexploitation d'explications et d'informations. Cela nuit un peu à la bonne foi féministe du film. Mais au fond, Molly n'est pas réduite ou sentimentalisée par ses comptes avec le passé, et la victoire qu'elle arrache dans la scène de fin est pleinement méritée. Au final, le film est à la hauteur de l'histoire qu'il a souhaité raconter, et Molly Bloom est aujourd'hui un personnage féminin fort qui à sa place dans l'Histoire de l'émancipation de la femme.

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