Critique film
Publié le 20/05/2019 à 11h50 par Floriane
Les Misérables
8 /10

Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil, dans le 93. Il va faire la rencontre de ses nouveaux coéquipiers, Chris et Gwada, deux "Bacqueux" d’expérience. Il découvre rapidement les tensions entre les différents groupes du quartier. Alors qu’ils se trouvent débordés lors d’une interpellation, un drone filme leurs moindres faits et gestes...

Deux ans après son court métrage, le réalisateur Ladj Ly débarque sur la Croisette avec une version longue de son récit intense : "Les Misérables". Présenté en sélection officielle, cette plongée dans la cité de Montfermeil a secoué le festival cannois.

La vie dans les cités a souvent fait l’objet de récits plus ou moins réussis, mais qui sombraient facilement dans les clichés manichéens. Pour son film Ladj Ly a eu la brillante idée de construire son scénario autour de plusieurs personnages, des flics, des gitans, le maire, des enfants, des musulmans, etc. Cette galerie de personnalités permet à Ly de montrer toute l’ambiguïté de la situation. La forme du film choral permet au cinéaste de ne jamais tomber dans le piège de la morale facile. A chaque fois qu’un cliché pointe le bout de son nez, Ly le désamorce à l’aide de dialogues percutants et un enchainement de scènes où il multiplie les points de vue.

Et c’est cette multiplicité de points de vue qui permet à Ly de capter un instantané de notre société actuelle. A travers le microcosme de cette cité, le réalisateur montre autant les problèmes politiques, que le racisme et l’injustice. Un cri d’alarme sur la direction que prend notre société cristallisé dans une scène finale éprouvante et mémorable dans sa dernière image qui laisse la porte ouverte à toutes les interprétations. En plus de son écriture d’une grande justesse, "Les Misérables" peut se reposer sur sa mise en scène qui déborde d’idées de cinéma. Que ça soit l’utilisation intelligente des drones qui renvoie à l’idée de surveillance constante, l’occupation de l’espace lors des scènes de bandes ou encore le cadrage lors de scènes plus "intime", comme celle de l’échange entre deux policiers sur la moralité (brillants Djebril Didier Zonga et Damien Bonnard). Avec sa réalisation tendue, Ly arrive à retranscrire à l’écran cette notion d’urgence, cette tension constante où tout peut déraper à chaque instant.

Avec "Les Misérables", Ladj Ly signe un portrait de notre société actuelle dans toute sa complexité.

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