Critique film
Publié le 05/01/2018 à 13h12 par Kévin Aubin
M
10 /10

Mo est beau, charismatique, et a le goût de l'adrénaline. Il fait des courses clandestines. Lorsqu'il rencontre Lila, jeune fille bègue et timide, c'est le coup de foudre. Il va immédiatement la prendre sous son aile. Mais Lila est loin d'imaginer que Mo porte un secret : il ne sait pas lire.

Sara Forestier fait son entrée dans le monde du spectacle en accompagnant une amie à une audition. Remarquée lors de cet essai, elle enchaîne les petits rôles. Sa carrière est lancée lorsqu'elle a à peine 18 ans, en incarnant Lydia dans L' Esquive d'Abdellatif Kechiche, gros succès critique et public qui lui vaut le César du Meilleur espoir féminin en 2005. Par la suite, elle enchaîne les rôles au cinéma dans différents genres de film et se retrouve souvent nommée pour des prix prestigieux. En 2011, elle reçoit notamment le César de la meilleure actrice pour son interprétation dans la comédie Le Nom des gens.

En 2017, elle signe sa première réalisation avec M, drame qui a nécessité 7 ans d'écriture. Avec ce premier projet de film, Sara Forestier raconte une histoire qu'elle a vécue, celle de son petit copain de l'époque qui lui avait caché son illettrisme. Au visionnage de ce film, le mot cinéma prend tout son sens. Un film dont on sent toute l'implication de la réalisatrice jusque dans les moindres détails d'écriture. Une œuvre criante de vérité, sonnant toujours juste et ne virant jamais dans le pathos. Rien est gratuit et tout ce qui est montré y est mûrement réfléchi. Tel un plaidoyer sur le handicap et les différences, Sara Forestier s'efforce de montrer ce que l'humain ne veut pas forcément voir, et qui pourtant fait partie intégrante de notre monde. Lucide dans son propos, réaliste dans ses scènes intimes au ton tragique et comique, épuré comme pour crier au et fort qu'il fait bon vivre ensemble malgré nos différences, et que tout simplement un être humain peut être autre chose qu'un standard implanté dans nos consciences; voici un film magnifique comme on en voit peu aujourd'hui. Sensible, poétique et intelligent, un métrage construit avec minutie qui prend le temps de bien faire les choses. Le temps d'un instant, le spectateur s'immerge avec cette femme bègue surdouée et cet homme illettré en marge de la société, qui d'une rencontre va naître une relation amoureuse naissante lourde de sens. Au-delà de l'histoire d'amour, le film raconte l'impossibilité de communiquer quand on ne partage pas les mêmes codes. Ces deux êtres si différents à la vie meurtrie qui vont apprendre à surmonter leur handicap respectif grâce à leur amour. Juste et très touchant, peu de mots suffisent à résumer la qualité indéniable du film.

Pour la première fois derrière la caméra, Sara Forestier filme une histoire mûre à la réalisation parfaite. La mise en scène est classieuse et emporte son spectateur dans un moment de cinéma à part, les décors minimalistes renforcent la proximité que l'on a avec l'histoire de Lila et Mo, la photographie aux couleurs naturelles et blafardes apporte ce réalisme omniprésent et la bande-son est d'une justesse dans chaque passage assez étonnante.

Sara Forestier officie également devant la caméra en campant Lila, jeune femme bègue et surdouée. Elle livre une interprétation sensible avec un jeu maîtrisé et travaillé qui ne vire jamais dans la caricature. Comme toujours, elle s'investit corps et âme dans son personnage et prouve qu'elle est l'une des actrices la plus douée de sa génération. Redouanne Harjane, jusque là pratiquement inconnu au cinéma, crève totalement l'écran. Issu du stand-up, il trouve ici son premier grand rôle au cinéma. Bluffant et habité par son personnage, on croirait voir un acteur jouant depuis des années au cinéma. Un duo en parfaite symbiose qui porte le film tout de son long. Mention spéciale à Jean-Pierre Léaud que l'on prend plaisir à retrouver au cinéma dans un rôle assez surprenant il faut bien le dire.

Pour sa première réalisation, Sara Forestier signe une œuvre personnelle tout simplement merveilleuse. Un film à voir absolument où le mot cinéma prend ici tout son sens. Merci Sara pour cette belle déclaration cinématographique, et pour preuve que le cinéma français n'est pas mort.

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