Critique film
Publié le 13/04/2018 à 13h25 par Kévin Aubin
Moi, Tonya
10 /10

En 1994, le milieu sportif est bouleversé en apprenant que Nancy Kerrigan, jeune patineuse artistique promise à un brillant avenir, est sauvagement attaquée. Plus choquant encore, la championne Tonya Harding et ses proches sont soupçonnés d'avoir planifié et mis à exécution l'agression…

Craig Gillespie travaille pendant 15 ans comme directeur commercial dans diverses agences de publicité et il réalise certaines publicités. Ce travail de réalisation est salué et lui permet d'obtenir des prix dans la profession. En 2007, il passe à la réalisation de son premier long-métrage pour le cinéma avec M. Woodcock avec la sortie la même année de son second long Une fiancée pas comme les autres. Ce second film est un échec commercial mais est acclamé par la critique et reçoit de nombreuses nominations. Par la suite, il se consacre au petit écran et met en scène quelques épisodes de la série United States of Tara. En 2011, il est attaché au remake de Fright Night mais là encore le film est un semi-échec même si la critique est favorable. Cinq ans plus tard, il réalise The Finest Hours, drame historique estampillé Disney qui passe quasi-inaperçu en salle.

En 2018, il revient avec Moi, Tonya relatant un fait divers sportif qui bouleversa l'Amérique au milieu des années 90. Une histoire qui défraya la chronique et que le réalisateur décide d'adapter au cinéma pour le meilleur et pour le rire. Jubilatoire à souhait, le film évite les écueils habituels du genre et propose aux spectateurs une lecture d'un fait divers pas tout à fait comme les autres. Au-delà de la simple comédie dramatique, le réalisateur embarque ses spectateurs au plus près de cette histoire dont la triste vérité est révélée avec ingéniosité. Une maîtrise absolue de la narration où l'équilibre entre humour et émotion fait naître un film pour le moins très original. Dès les premières secondes, les spectateurs sont d'emblée alpagués par Tonya Harding qui brise le quatrième mur pour faire comprendre que son histoire est bien plus complexe qu'elle n'y paraît. En effet, les spectateurs vont de surprises en surprises, de rebondissements en rebondissements et suivent cette histoire avec intérêt. Jamais le film ne va là où on l'attend et le réalisateur s'en amuse en jouant notamment sur les cassures de rythme, en mixant les genres, en faisant passer plusieurs émotions... Les spectateurs sont ainsi malmenés durant tout le film et même si cela peut paraître déconcertant de prime abord, c'est tellement jouissif, osé et décalé que ça en devient une véritable expérience cinématographique à vivre et surtout à voir absolument.

Craig Gillespie arrive à porter ce film avec intelligence comme le prouve sa réalisation taillée sur-mesure. La mise en scène est d'une inventivité folle où le réalisateur privilégie un montage très "cut" et brise le quatrième mur afin qu'elle profite aux acteurs, les décors reflètent parfaitement l'époque durant laquelle le film se déroule, la photographie bénéficie d'un grain terne qui joue sur les tonalités permettant aux spectateurs d'être enclins encore plus dans cette histoire et la bande-son contribue à suivre l'évolution de Tonya Harding sur près de 40 ans et met l'accent sur ses moments de chaos et d'euphorie qu'elle traversait à l'époque.

Margot Robbie trouve enfin avec ce film l'un de ses premiers grands rôles au cinéma. Son talent d'actrice y est exploiter pleinement et le moins que l'on puisse dire est qu'elle est excellente. Ce rôle de femme éculée par la vie parfois ambivalente est du pain béni pour cette actrice cantonnée à des seconds rôles pas toujours très reluisants. Pour l'accompagner, Sebastian Stan aka Le Soldat de l'hiver se retrouve dans un rôle un contre-emploi étonnant où il est juste excellent. Il trouve lui aussi un rôle qui lui permet d'exprimer tout son talent d'acteur. Mention spéciale à Allison Janney qui est juste exceptionnelle dans son rôle de mère acariâtre et équivoque. Sa prestation est remarquable et elle en arrive même à voler la vedette à son actrice principale. Les seconds rôles ne sont pas en reste et bénéficient de personnages bien construits qui apportent leur plus-value au film.

Pour sa nouvelle réalisation, Craig Gillespie signe un film qui casse les codes et qui arrive à emporter son spectateur dans une histoire follement divertissante. Et que dire de l'interprétation des acteurs somme toute excellente. Un immanquable de ce début d'année 2018 !

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