Critique série
Publié le 06/06/2016 à 10h58 par Mehdi
Jordskott - Saison 1
7,5 /10

Eva Thornblod, policière de Stockholm, revient dans son village natal, pour enterrer son père, riche industriel local. A l'arrêt suite à une négociation qui a mal tourné, elle en profite pour enquêter sur la disparition d'un jeune enfant, qui peut être liée à celle de sa petite fille, Joséphine, sept ans auparavant. Ce qu'elle va découvrir dépasse de loin tout ce qu'elle aurait pu imaginer...

Jordskott, à l'instar de beaucoup de séries européennes diffusées par Arte, est une véritable surprise. Une belle trouvaille, qu'ont encore boudé les grandes chaînes généralistes. Ainsi, alors que la chaîne franco-germanique diffuse les deux derniers épisodes de la saison 1, Koba sort l'intégralité en DVD la même semaine.
Pour tous ceux qui n'ont pas eu la chance de zapper un jeudi soir sur Arte, et qu'assurément ils n'auraient pas changé de chaîne, pour tous ceux qui voudront réparer cette injustice après avoir lu cet article.
Ca peut paraître prétentieux, mais je pense convaincre une grande majorité de mes lecteurs sur ce coup-là.
"Jordskott", de quoi s'agit-il ? Un nom commun d'une province suédoise qui désigne un certain être vivant (je ne vais pas dire lequel sous peine de "spoiler"). Mais quand j'ai dit ça, je n'ai rien dit.

"Jordskott", c'est avant tout une chronique de la famille Thornblod, dont le patriache, riche magnat de l'industrie minière et forestière, disparaît brutalement d'une maladie, sans avoir pu renouer avec sa fille, Eva, négociatrice pour la police de Stockholm, en rupture de relations avec son père, depuis la mort de Joséphine sa fille. Officiellement celle-ci s'est noyée, mais on comprend vite qu'elle a surtout disparue dans des circonstances très mystérieuses. A cette étape, certains d'entre vous auront peut-être en tête un autre scénario similaire, qui a fait la fortune posthume de Stieg Larsson. Et oui, dans Millenium 1, il s'agit aussi de la disparition d'une jeune fille (un peu plus vieille toutefois), et de la torture mentale que cette disparition inflige à son grand père, lui aussi riche industriel du nord de la Suède. La comparaison s'arrête là néanmoins, mais on saisit qu'il y a là aussi des secrets familiaux qu'il va falloir déterrer.

Eva hérite donc d'une partie de l'empire familial, mais ce "détail" ne l'intéresse guère. Ce qu'elle veut ardemment, c'est la vérité sur les disparitions d'enfants dans la région, et au premier rang desquelles celle de sa fille. Elle mène donc l'enquête avec l'aide d'un flic d'une certaine expérience, nommé Wass, aux méthodes intuitives pour le moins étranges. Il n'est pas rare que celui-ci flaire, au premier sens du terme, les indices. Mais bien vite, on comprend que le conseil d'administration de l'industrie Thornblod ne souhaite pas que l'enquête aboutisse. Ainsi, le nouveau patron du consortium, Gustav Boren, ancien bras droit de Thornblod père, commande à un mystérieux inconnu des missions peu recommandables. Ce mystérieux inconnu semble être impliqué, d'une manière ou d'une autre, dans la disparition des enfants.
Les trois ou quatre premiers épisodes posent ce scénario à tiroirs, avec l'histoire qui se complexifie encore davantage quand Joséphine est retrouvée dans la forêt. Celle-ci semble atteinte du même mal qui a emporté son grand père. Elle ne semble jamais être en mesure d'être capable d'expliquer les raisons de sa disparition sept années durant.

A partir de là, la série plonge dans le fantastique, avec des appels du pied à la mythologie du grand nord. La forêt, qui est en fait la vraie héroïne de l'histoire (Moa Gammel n'arrive jamais à entrer dans le personnage et à nous le faire vivre), se personnifie à mesure que l'on apprend qu'elle abrite des êtres que l'on pense oniriques. Certains des personnages font leur coming-out paranormal (ils ont des pouvoirs qu'on ne soupçonnait pas), et avec l'arrivée du personnage d'Esmeralda (Happy Jankell plutôt convaincante), on pense entrevoir une sortie à cette série aux allures de cauchemar éveillé.
L'action qui est plutôt lente pendant les huit premiers épisodes, explose dans les deux derniers, avec des révélations en cascade, si bien que par moment on se demande bien où tout ça mène.
Au final, on comprend l'envie des scénaristes de dénoncer la surexploitation de la nature au profit de quelques hommes avides. Mais amener cette revendication légitime par l'appui de créatures mythologiques et fantastiques, ça a très bien marché dans le cinéma d'animation (cf Miyazaki), moins quand on filme le "réel". Cela brouille un peu le message écolo.

Cette série, hyper ambitieuse dans la richesse de son scénario, dans les décors, l'ambiance (belle photographie et bande son très bien vue), se perd un peu dans une narration trop complexe, porté par des acteurs par moments peu "habités". On note toutefois la belle prestation de méchant de Ville Virtanen, qui est un peu le personnage fil rouge du récit. Des belles trouvailles à l'image aussi, des plans de la forêt magnifiques, une ambiance souvent pesante avec les effets de saturation de certaines couleurs "froides" combinés à des obscurs profonds. C'est lugubre, glauque comme on aime. Par moment, ce côté fantastique me fait repenser à certains épisodes des X-Files (pour les connaisseurs "Tunguska" pour l'ambiance forestière, ou "Tooms" pour la transhumanisation).

En définitive, "Jordskott" est une bonne série, peut-être pas la meilleure qu'on ait vue, mais vraiment meilleure que la moyenne de celles qu'on nous propose sur toutes les chaînes. Il lui manque peut-être une meilleure distribution pour porter l'ambition des concepteurs au niveau d'exigence requis pour une série aussi dense. A moi il me manque un Dale Cooper (Kyle McLachlan) et une galerie de personnages inoubliables pour que "Jordskott" soit comme (enfin presque) le Twin Peaks scandinave. Et c'est déjà beaucoup. On parle d'une deuxième saison, et surtout d'un remake US, alors peut-être une occasion de s'en rapprocher.

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