Critique film
Publié le 10/04/2018 à 12h12 par Kévin Aubin
Jusqu'à la Garde
10 /10

Le couple Besson divorce. Pour protéger son fils d’un père qu’elle accuse de violences, Miriam en demande la garde exclusive. La juge en charge du dossier accorde une garde partagée au père qu’elle considère bafoué. Pris en otage entre ses parents, Julien va tout faire pour empêcher que le pire n’arrive.

Xavier Legrand suit une formation d'acteur au CNSAD de Paris avant d'enchaîner les rôles au théâtre. Il joue également dans quelques films pour le cinéma mais c'est en 2013 qu'il se fait remarquer avec sa première réalisation. Son court-métrage Avant que de tout perdre est plébiscité dans de nombreux festivals et reçoit de nombreuses récompenses.

En 2018, il signe son premier long-métrage, Jusqu'à La Garde, fortement inspiré de son premier court, sur la violence conjugale. Sujet tabou en France, et donc difficile à aborder, le réalisateur souhaite sensibiliser le public avec les armes du cinéma. Ainsi, le spectateur est pris à partie en le faisant participer psychologiquement. Dès les premières minutes, le ton est donné, brut et sans concession, le film met sous tension le spectateur pour ne plus le lâcher tel un thriller. L'histoire lui fait suivre à un rythme crescendo le quotidien d'un couple déchiré où un jeune garçon, fils du couple, se retrouve bien malgré lui au c½ur de cette violence. Tout est fait pour induire la violence conjugale sans qu'elle ne soit explicitement montrée. Le réalisateur prenant soin de ne pas tomber dans l’écueil du simple documentaire, ou d’un drame social qui ne raconterait finalement qu’un fait divers. Tel un investigateur, il documente son récit avec intelligence et adopte une dramaturgie où le spectateur suit certes un héros mais du point de vue des différentes personnes qu'il doit surmonter pour arriver à ses fins. Résultat, le spectateur vit en temps réel ce que vivent et ressentent les personnes qui gravitent autour de ce "héros". Bien évidemment, cela permet une immersion total du spectateur dans l'histoire et surtout d'y prendre part de façon réaliste, comme-ci lui-même la vivait. Ce qui est d'autant plus dur à visionner.

Surtout que Xavier Legrand filme cette histoire avec force et un souci du détail à faire froid dans le dos. La mise en scène est viscérale et s'attache énormément aux acteurs, les décors sont là pour dépeindre une réalité malheureusement bien encore présente, la photographie à la lumière naturelle et qui accentue les couleurs froides et pâles intensifie cette sensation anxiogène constante et la bande-son est pour ainsi dire quasi-inexistante et laisse place aux bruits du quotidien qui apporte tension et oppression tout le long du film. Une réalisation parfaitement maîtrisée qui participe indéniablement à la réussite du métrage.

Xavier Legrand retrouve Léa Drucker et Denis Ménochet qui avaient tous deux joués dans son premier court dont le film est inspiré. Léa Drucker est d'une justesse confondante tellement on croirait qu'elle a déjà vécu cette histoire. A la fois forte et fragile, son travail sur le personnage est psychologique et fait forte impression. Denis Ménochet est quant à lui impérial dans le rôle d'un homme d'un mari, d'un père, qui vit dans le déni en essayant de se faire aimer. Un rôle qu'il sert à merveille où l'alliage de virilité et de fêlures voire de blessures transparaît à l'écran, et est souvent retrouvé chez les hommes qui violentent leur femme. Mention spéciale au jeune Thomas Gioria qui campe un jeune garçon pris entre deux feux avec un naturel déconcertant.

Pour sa première réalisation, Xavier Legrand signe un véritable choc cinématographique sur une réalité malheureusement bien présente aujourd'hui, la violence conjugale. Un film intelligemment conçu, bouleversant et qui après coup résonne encore en chacun de nous. Le tout porté par un casting d'une justesse incroyable. Immanquable !

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