Critique film
Publié le 13/04/2018 à 13h14 par Floriane
Utu
8 /10

Nouvelle-Zélande, 1870. Te Wheke, un éclaireur des troupes coloniales, retrouve sa tribu massacrée par l’armée pour laquelle il travaille. Trahi et fou de douleur, il jure de se venger et d’infliger le même châtiment - UTU - aux Pakehas (les Néo-Zélandais d’origine européenne).

En 1983 le réalisateur Geoff Murphy venait présenter hors-compétition au Festival de Cannes son dernier long métrage "Utu". Le film qui à l'époque détenait le record du film le plus cher jamais produit en Nouvelle-Zélande (record détenu maintenant par un certain Peter Jackson.) est un film sur la vengeance (traduction littérale du titre), mais pas que.

Charcuté au montage lors de sa sortie salles en 1984, "Utu" ressort aujourd'hui dans une version supervisée par son réalisateur. Avec sa première séquence de massacre violente au montage saccadé, Murphy plante le décor de son film et les enjeux de son personnage principal, le renégat Te Wheke. Incarné par l'acteur débutant, mais au charisme impressionnant, Anzac Wallace, Te Wheke est un personnage tiraillé entre deux cultures. Entre son amour pour les traditions maories et son éducation européenne, l'homme à la fois fascine (son utilisation de l'œuvre de Shakespeare, "Macbeth") et terrifie (sa cruauté).

La force de "Utu" est d'éviter tout manichéisme facile. Le film développe ses personnages que ça soit l'homme vengeur sans pitié Te Wheke, le lieutenant Scott (Kelly Johnson) à l'idéalisme ébranlé, le veuf aveuglé par le deuil Williamson (Bruno Lawrence) ou encore la femme trahit Matu (Merata Mita). Tous sont porteurs d'un désir de vengeance inébranlable. Mais plutôt que d'essayer de donner raison à un "camp", Murphy montre ses personnages comme des victimes d'une autorité qui les dépasse. Idée que l'on retrouve dans l'émouvante scène finale où les blessures de chacun se rejoignent dans une conclusion bouleversante.

Plaçant son récit à la fin des guerres maories opposant les colons britanniques et les Maoris de Nouvelle-Zélande, Murphy évoque le colonialisme (sujet encore tabou à l'époque) et surtout ses conséquences sur le peuple Néo-Zélandais. Pour mieux exposer son idée, le cinéaste utilise les codes du western américain en les adaptant à l'histoire de son pays. En ressort un film violent, mais surtout intelligent dans le traitement de son sujet.

Avec son mélange des genres (film historique, western, etc.) et ses personnages riches, "Utu" est une œuvre marquante par sa mise en scène âpre et la richesse de son écriture.

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